Henner Madeleine pleurant

Jean-Jacques HENNER, Madeleine pleurant, fusain sur papier, 1903 – 1905

Prix de vente : 1200,00 €
Disponible aussi : en location

Comment acheter en ligne ?

Une question avant d’acquérir cette oeuvre ? Contactez-nous !


Présentation de l’oeuvre

Ce très beau dessin est un touchant témoignage de la grande maîtrise de Henner à composer à la perfection dans un geste instinctif et virtuose, en quelques secondes. En effet, à regarder de plus près cette œuvre, l’on découvre avec étonnement qu’elle figure sur une enveloppe, qui passait certainement à l’instant de son exécution sous la main du peintre, pris par l’inspiration du moment.

N’oublions pas toutefois le cœur du sujet pour privilégier cette anecdote, à laquelle nous reviendrons plus loin. Car cette Madeleine pleurant est un thème « classique » de l’œuvre d’Henner. C’est une représentation mêlant religion et profane, profonde d’un romantisme évident à une époque où il est passé de mode, sensuelle sans qu’elle soit charnelle, car la nudité des femmes d’Henner se drape toujours d’un délicat mysticisme.

Plusieurs tableaux célèbres d’Henner représentent cette Madeleine pleurant[1], le visage enfoui dans ses mains et sous sa chevelure défaite. On connait d’ailleurs plusieurs dessins préparatoires similaires au notre[2]. Ils furent moins de exercices répétés que des travaux de recherche maintes fois repris par Henner. Lui-même rapporte dans un entretien qu’il eut avec Émile Durand-Gréville[3] :

« J’ai trouvé aujourd’hui une autre Madeleine ! Quelque chose d’adorable ! Comment n’y ai-je pas pensé plus tôt ? Elle est à genoux, les mains jointes contre sa poitrine et les yeux levés au ciel, la tête renversée en arrière, les cheveux dénoués. C’est exquis ! Elle sera à moitié nue ; un simple bout de draperie partira de la ceinture et laissera voir les genoux. Son vêtement s’est usé, vous comprenez, c’est tout ce qui lui reste. »

Si la position du corps et à peine différente dans notre Madeleine [4], seule celle des bras change. Il est presque permis de considérer les deux variantes dans une séquence de mouvement, sans pour autant dire lequel précède l’autre, d’un même personnage.

La technique d’Henner suggère d’ailleurs cette dynamique. Le trait est vigoureux, simplifié sans être insuffisant ; chaque trace de fusain, large, est juste et indique la mobilité du corps. Même les lumières, et presque les couleurs, sont placées dans cette esquisse, dans un contraste saisissant entre un arrière plan d’une obscurité profonde et le corps d’une blancheur laiteuse de la Madeleine[5]. C’est cette précision emportée qui est remarquable dans les dessins d’Henner, qu’on ne peut confondre tant leur style est reconnaissable et personnel.

Plus anecdotique, mais toutefois très intéressant d’un point de vue documentaire, le fait que ce dessin est été fait sur une enveloppe nous donne encore plus de raison de l’apprécier. On retrouve en effet, hors du champ du dessin, et dans une zone claire de celui-ci, une écriture manuscrite mentionnant l’adresse du destinataire. S’il est difficile de déchiffrer l’ensemble, on lit clairement « Henner » et « Paris ». Plus ténu, un cachet de l’Institut de France, dont Henner était membre, donne tout le contexte personnel à l’objet.

Le peintre a donc composé de manière spontanée sur un support immédiatement disponible, un objet quotidien devenu le support d’une authentique œuvre.

La présence du timbre indique la datation du dessin, qu’il faut donc déduire puisque Henner n’a pas pris la peine de dater explicitement cette esquisse. La Semeuse lignée de 15 centimes vert-gris, est un type émis à partir de 1903. La Madeleine dessinée sur cette enveloppe a ainsi été exécutée entre cette année, date terminus ante quem  et 1905, date de la mort d’Henner. C’est donc une œuvre tardive et un sujet qui occupait la créativité du peintre jusqu’à la fin de sa vie.

Enfin, il convient de remarquer avec attention la « tache » de peinture blanche, comme un glacis, fortuitement ou mystérieusement placée près d’une clairevoie du sombre décor, comme une lune pleine qui éclaire la scène. Volonté d’Henner ou « accident », ce détail parachève ce véritable petit chef d’œuvre.

Dimensions : 14,5 cm X 11 cm

L’oeuvre est présentée dans un montage ancien et un cadre ancien.


[1] Les trois versions citées ici sont conservées au Musée Henner à Paris.

1ère version ici.

2nde version ici.

Troisième ici.

[2] Citons celui-ci, conservé au Musée du Louvres.

[3] Entretiens de Jean-Jacques Henner, 14 mars 1881, par Émile Durand-Gréville, cités par le site du Musée Henner : http://www.henner-intime.fr/2011/07/reflexions-autour-de-la-figure-de-madeleine/

[4] On connait également d’Henner une Madeleine allongée.

[5] http://www.henner-intime.fr/2011/10/au-sujet-dune-madeleine-a-genoux/