Ecole française néoclassique, Corésus et Callirhoé, esquisse à l’huile sur toile, Prix de Rome 1826


Comment acheter en ligne ?

Une question avant d’acquérir cette oeuvre ? Contactez-nous !

Présentation de l’œuvre

L’identification d’une œuvre fait bien souvent appel à des connaissances qui furent familières au spectateur du XIXème siècle mais qui le sont moins pour nos contemporains. Parmi les actes tragiques de la mythologie grecque, les meurtres et suicides sont nombreux, et c’est finalement la grande peinture du XVIIIème siècle qui nous a mis sur la voie.

En effet, le magistral et célèbre Morceau d’Agrément à l’Académie de Fragonard[1], en 1765, conservé au Louvre, est consacré au même thème que l’œuvre présentée ici : le suicide du prêtre de Dionysos, Corésus, sauvant ainsi la victime Callirhoé.

D’après Pausanias, dans la mythologie grecque, Corésus, prêtre de Dionysos, est épris, sans réciprocité de Callirhoé jeune femme de la cité de Calydon en Etolie. Corésus supplie son dieu d’intervenir en sa faveur, et ce dernier frappe, sans autre explication, l’entière population de ville d’une folie mortelle. L’oracle de Dodone promet la levée de la malédiction en conséquence du sacrifice de Callirhoé, ou d’une quelconque personne qui prendrait sa place. La jeune femme accepte son sort, mais Corésus ne pouvant se résoudre à tuer celle qu’il aime, retourne son arme contre sa propre personne. Émue par le suicide du prêtre, rendue amoureuse par ce geste, conformément aux dessins tortueux de Dionysos, Callirhoé se frappe également à mort.

Le sujet est assez rare pour la peinture, même si l’on connaît par exemple un tableau de la main de Jean Nicaise Perrin[2] (1744 – 1816) , déjà dans la veine néoclassique. La scène, son contenu émotionnel et moral, se prêtent bien à une peinture grandiose et tragique. Il n’est pas étonnant que dans la première moitié du XIXème siècle, faisant la transition entre néoclassicisme et romantisme, l’Académie proposa le sujet au concours de Rome de 1826, dans la première épreuve d’esquisse peinte[3].

Il est fort probable que notre esquisse fut produite lors de ce même concours et que son auteur soit l’un des participants. Il n’est hélas pas permis de savoir, en l’état de la documentation, lequel de ces mêmes participants est le peintre de notre tableau. Il est même difficile d’écarter de la liste un quelconque nom puisqu’il semble qu’aucune esquisse ne fut conservée[4] et que les archives des Beaux-Arts n’ont pas retenu tous les appelés au premier essai. L’œuvre présentée ici en serait donc le seul témoignage connu. L’ouvrage de référence[5] fait mention également d’un concours d’esquisses peintes, entre les élèves de l’Académie, ayant traité le même sujet en 1840. La provenance de notre tableau nous fait cependant préférer le concours de 1826 comme son origine.

La composition de la scène est habile et tout à fait conforme aux canons de la mise en scène néoclassique. Le regard est bien entendu concentré sur le prêtre succombant sous ses propres coups, tombant dans les bras de quelques fidèles assemblés. Callirhoé, encore entravée, regarde le mourant, détournant la tête. Le décor est en tout point fidèle à cette Antiquité idéale, classique. La tenture de fond est à la fois un élément de mobilier récurrent chez les peintres néoclassiques et une référence au rideau du théâtre, car entre les deux colonnes du temple donnant la perspective, surgit de la droite (des coulisses dirait-on) un personnage affolé qui donne un tour encore plus tragique à l’ensemble. Le cortège orgiaque, composé dans une courbe rythmée par les bras levés des danseurs, indique un le sens de lecture, depuis, à gauche, la statue du dieu Dionysos sur son piédestal, dont il ne manque aucun des attributs classiques : le thyrse, la couronne et la coupe présentée dans un geste de libation. A droite, la scène se termine à l’extérieur du temple où l’esquisse suggère en quelques masses simplifiées un paysage d’Etolie. Signalons que le peintre a choisi un plan très rapproché, comme pour renforcer la violence de la scène, très contrastée par l’opposition entre la douleur du prêtre mourant et la stature résignée de Callirhoé parée pour le sacrifice.

La technique est tout à fait maîtrisée, composant habilement entre « jus », glacis « nuageux » et empâtements dignes d’un élève de la prestigieuse et vénérable Académie des Beaux-Arts.

Dimensions : 41 cm par 32 cm.

L’œuvre a été restaurée et marouflée sur un panneau de bois. Présence du châssis d’époque. L’œuvre est encadrée dans un cadre d’époque.

 


[1] http://www.louvre.fr/oeuvre-notices/le-grand-pretre-coresus-se-sacrifie-pour-sauver-callirhoe
[2] http://www.fbaulme-finearts.odexpo.com/images/20299/445703749157681.jpg
[3] Ph. Grunchec, Les Concours des Prix de Rome de Peinture – 1797 – 1868, ENSBA, Paris – 2000
[4] Op. cit.
[5] Op. cit.